Macron partagé entre la Pologne et Poutine

Paris considère Varsovie comme un allié militaire potentiel après Brexit, mais veut aussi garder Moscou sur le carreau.

0
246
French President Emmanuel Macron gives a speech on Poland and France in Europe at Jagellonne University on February 4, 2020 in Krakow, Poland. (Photo by Ludovic Marin / AFP) (Photo by LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

Cracovie, Pologne – Emmanuel Macron veut se faire un nouvel ami en Pologne, mais il n’a pas l’intention de reculer devant son ouverture sur la Russie.

Le président français a tenté d’enfiler cette aiguille lors d’une visite de deux jours à Varsovie, où il s’est montré prudent dans ses critiques à l’égard du gouvernement pour son recul sur la démocratie, a tenu à enrôler la Pologne comme allié militaire, mais a également souligné la nécessité de maintenir le président russe Vladimir Poutine à ses côtés.

Lors de sa première visite en Pologne depuis son élection en 2017, Macron a reconnu à plusieurs reprises l'”abandon” et l'”humiliation” que le peuple polonais a pu ressentir aux mains de l’Europe occidentale à différents moments de son histoire récente, adoptant un ton nettement plus conciliant et compréhensif qu’au début de son mandat.

Il a également soutenu pleinement Varsovie dans le combat bizarre engagé par le Kremlin, qui a tenté de blâmer la Pologne pour avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale et de détourner la culpabilité de l’alliance de 1939 de l’Union soviétique avec l’Allemagne nazie et de leur invasion coordonnée de la Pologne.

Macron a dénoncé “tous les efforts visant à falsifier” l’histoire et a qualifié l’effort russe visant à blâmer le peuple polonais pour la guerre de “projet entièrement politique”.

Dans un monde plus turbulent, avec des États-Unis imprévisibles et une Chine montante, Macron a appelé à une “nouvelle architecture de confiance et de sécurité” en Europe qui inclut la Russie.

C’était de la musique aux oreilles de ses hôtes, qui ont essayé de repousser les efforts de propagande de la Russie.

Mais Macron a également souligné l’importance de la Russie pour le continent et a insisté sur le fait que son action auprès de Moscou a permis de réaliser des progrès concrets dans l’apaisement de la crise en Ukraine grâce aux processus de Minsk et de Normandie. La Russie a illégalement annexé la Crimée en 2014 et soutient militairement les régions séparatistes de l’est du pays.

Dans un monde plus turbulent, avec des États-Unis imprévisibles et une Chine en pleine ascension, Macron a appelé à une “nouvelle architecture de confiance et de sécurité” en Europe, qui inclut la Russie. “Nous devons rouvrir un dialogue stratégique, sans être naïfs et qui prendra du temps, avec la Russie”, a-t-il déclaré à The Economist l’année dernière.

C’est une position qui a suscité l’incompréhension dans les pays d’Europe centrale qui faisaient partie de l’orbite de Moscou jusqu’en 1989.

Macron a fait de son mieux pour justifier sa position.

Le Président français Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki | Ludovic Marin/AFP via Getty Images

“Je voulais m’assurer que ce voyage soit l’occasion de clarifier les malentendus qui ont pu se produire, concernant la position française en matière de défense et de sécurité d’une part, et à l’égard de la Russie d’autre part”, a déclaré M. Macron aux journalistes aux côtés du président polonais Andrzej Duda, lundi à Varsovie. “La France n’est ni pro-russe ni anti-russe. Elle est pro-européenne, et quand je regarde une carte… nous voyons que la Russie est en Europe”.

Macron a insisté sur le fait que son action à Moscou est logique.

“Regardez les résultats, nous nous sommes à nouveau engagés dans un dialogue exigeant et nous avons ouvert cette voie à nouveau”, a déclaré M. Macron dans un discours à la communauté française de Varsovie lundi soir. “Nous avons pu progresser dans le processus de Minsk, et tenir un sommet en format Normandie à Paris et faire des progrès sur la crise ukrainienne comme nous n’avons pas pu le faire depuis de nombreuses années”.

Plus tard dans la soirée, lors d’un dîner auquel la POLITIQUE a assisté à condition de ne pas publier de citations directes, Macron a écouté attentivement, en prenant des notes sur un bloc-notes, certains des plus célèbres militants polonais pour la démocratie de l’ère soviétique exprimer leur désaccord avec sa politique à l’égard de la Russie, dénoncer les actions du parti polonais au pouvoir, le Droit et la Justice (PiS), comme des atteintes à l’État de droit, aux droits civils et aux droits des minorités, et plaider pour un soutien accru de l’UE.

Mais même dans ce cadre intime, en entendant ses interlocuteurs polonais évoquer à plusieurs reprises le traumatisme des années soviétiques et la menace permanente qu’ils ressentent de la part de la Russie, Macron n’a pas reculé. Il a réitéré une grande partie du raisonnement qu’il a présenté dans des discours publics et des interviews pour sa politique à l’égard de la Russie.

Varsovie contre Moscou

Macron, qui a déclaré l’année dernière : “Ce que nous vivons actuellement, c’est la mort cérébrale de l’OTAN” à l’époque de Donald Trump, tente de trouver un nouvel équilibre géopolitique pour l’UE qui repose moins sur la puissance américaine. Cela implique d’assurer des liens cordiaux avec la Russie, mais aussi de renforcer les capacités de défense européennes. Cet effort a pris une nouvelle urgence dans le sillage de Brexit, où le Royaume-Uni reste un allié de l’OTAN mais ne participe plus à aucune initiative de défense de l’UE.

Signe d’une nouvelle chaleur entre Varsovie et Paris, Macron s’est montré ouvert à l’idée d’une participation polonaise au projet franco-allemand MGCS de construction d’un nouveau char de combat européen.

Varsovie a tendance à se méfier de telles idées d’ouverture vers Moscou, considérant les États-Unis comme son garant de sécurité le plus fiable contre une éventuelle agression russe. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a qualifié de “dangereux” les commentaires de Macron sur l’OTAN l’année dernière. La semaine dernière, le gouvernement polonais a signé un accord de 4,6 milliards de dollars pour acheter 32 chasseurs F-35 aux États-Unis, et en 2018, il a dépensé 4,75 milliards de dollars pour des batteries anti-missiles Patriot fabriquées aux États-Unis. Varsovie a également fait de gros efforts pour que les troupes américaines soient stationnées en permanence sur le sol polonais.

“La France est complètement engagée dans l’alliance atlantique et pour la sécurité de son flanc Est”, a déclaré Macron, ajoutant que “la défense européenne n’est pas une alternative à l’OTAN, c’est un complément indispensable”.

Signe d’une nouvelle chaleur entre Varsovie et Paris, Macron s’est montré ouvert à l’idée d’une participation polonaise au projet franco-allemand MGCS de construction d’un nouveau char de combat européen – un effort que la Pologne avait tenté de rejoindre dans le passé pour se heurter à l’hostilité française.

La Pologne, actuellement équipée de blindages obsolètes, dont certains remontent à l’époque soviétique, serait un gros acheteur potentiel du nouveau char.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici