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Les Indiens s'opposent aux Benetton en Argentine

dimanche 8 mai 2011, par Ingalañ Auray


En Patagonie, une poignée de Mapuches revendique des terres rachetées par la famille du célèbre industriel italien spécialisé dans le textile. Avec un million d’hectares, il est le plus grand propriétaire terrien du pays.

Argentine.De notre correspondant

Atilio Curiñanco nous reçoit, avec sa femme Rosa, dans une baraque de glaise et tôle, près de la mythique route 40 qui longe la cordillère des Andes. Dehors, leur « fortune » : quelques poules, chèvres et moutons, une vieille Peugeot 504 et un potager. Voilà neuf ans que ce couple d’Indiens mapuches occupe une parcelle située sur le domaine des plus grands propriétaires d’Argentine : les Benetton.

Un Far West

« Cette terre appartient à la communauté mapuche, assure Atilio. Mes parents sont nés ici, tout comme moi. Et ces riches Italiens m’accusent d’être un usurpateur ! » Face au terrain occupé par Rosa et Atilio, le domaine des Benetton s’étend à perte de vue. Au total, ils possèdent un million d’hectares en Argentine (soit la superficie de l’Ile-de-France), où seraient élevés les 16 000 vaches et 250 000 moutons qui fournissent la laine des célèbres pulls Benetton. « Je ne vois presque aucune bête sur leurs propriétés, fulmine Rosa. Ils mentent. »

Les Italiens emploient 600 personnes, dont des Mapuches tout heureux d’avoir un travail. « Benetton nous a donné un gymnase et nous offre de la viande », plaide Juan Cociolo, maire péroniste du village El Maïten. La Patagonie a parfois des allures de Far West, quand domaines public et privé se confondent, avec la bienveillance des politiques locaux. La construction d’un commissariat de police et d’un musée a ainsi été financée par la famille de Trévise. Ce conflit, c’est donc une mauvaise publicité pour les Italiens, qui dépensent une fortune pour porter leur slogan « United Colors of Benetton » d’entreprise responsable et multiculturelle.

La police a expulsé les Indiens une première fois en 2002 et la justice a reconnu la validité des titres de propriété des Benetton. Un nouveau jugement statuera dans les prochains mois. L’Argentin Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix (1981), a accusé Luciano Benetton de s’être « servi de la complicité d’un juge sans scrupule ». L’Italien a rétorqué : « C’est ingrat de nous comparer à des seigneurs féodaux. Nous avançons, guidés par les règles économiques en lesquelles nous croyons. »

L’Italien a proposé des terres aux Mapuches. Mais la donation ne s’est pas encore concrétisée. Une loi interdit toute expulsion et ordonne de faire un relevé afin de donner des titres de propriété collective aux communautés indiennes d’ici à 2013. « Chez les Mapuches, la propriété privée n’existe pas. L’homme appartient à la terre, et non l’inverse », expose Atilio.

Difficile d’expliquer cela aux stars qui ont acheté des terres dans les années 1990 sous la présidence de l’ultra-libéral Carlos Menem : Ted Turner, le fondateur de la chaîne d’infos CNN, l’acteur Richard Gere ou encore le chanteur français Florent Pagny possèdent aujourd’hui leur bout de Patagonie.

Olivier UBERTALLI.

Voir en ligne : Ouest-France 08 mai 2011

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